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Cannabis

L’été 2018 marquera un tournant historique pour le Canada puisqu’entrera en vigueur la loi C-45 sur la légalisation du cannabis, aussi connu sous le nom de marijuana et de pot. Pour plusieurs personnes, légaliser un produit est égal à le qualifier d’inoffensif. Cependant, ce n’est pas toujours vrai. Il est donc primordial de faire la lumière sur les risques qu’entraîne sa consommation.

Le cannabis ou marihuana (marijuana) est le nom usuel du Cannabis sativa, une plante de chanvre qui pousse dans les climats tempérés et tropicaux. Cette substance est classée en tant que drogue de type perturbateur et hallucinogène, c’est-à-dire qu’elle modifie la perception, les sens et peut créer de la désorientation. Cette plante contient des substances chimiques nommées cannabinoïdes qui sont les principaux produits actifs responsables des propriétés psychoactives de celle-ci. Plus précisément, c’est le  delta‑9‑tétrahydrocannabinol ou THC qui induisent la plupart des effets physiques et psychotropiques du cannabis, viennent ensuite le cannabinol (CBN) et le cannabidiol (CBD). La chaleur, la température, la lumière, l’humidité, l’acidité et l’oxydation peuvent toutes affecter la concentration des cannabinoïdes dans un produit de cannabis.

Les cannabinoïdes ont une propriété spécifique leur permettant de s’accumuler dans la graisse de notre corps. Ils sont ensuite libérés lentement dans notre sang à partir de nos réserves graisseuses. Ce mécanisme augmente grandement le temps nécessaire pour éliminer cette substance. Une consommation chronique peut augmenter les quantités entreposées dans le corps.

Le foie est l’organe principalement impliqué dans l’élimination du cannabis et le temps requis pour y arriver peut varier d’une personne à l’autre. Les effets physiologiques et psychologiques du cannabis inhalé atteignent leur effet maximal en 15 minutes et peuvent durer de deux à quatre heures avant de se dissiper. Lorsque le cannabis est ingéré, ses effets sont ressentis après une heure et peuvent durer jusqu’à six heures ou plus. Les effets sont indéniables, le cannabis affecte grandement la capacité à percevoir le temps et les distances et diminue la mémoire à court terme ainsi que l’attention.

Ces effets peuvent rester présents de 24 à 48 heures après la consommation et sont plus importants chez les consommateurs occasionnels. Les utilisateurs réguliers semblent plus susceptibles à développer une tolérance aux effets du cannabis. La recherche entre la consommation de la marijuana et l’impact direct de celle-ci sur la conduite automobile et la manipulation de machinerie lourde a aussi fait l’objet d’une attention particulière pour des raisons de sécurité.

Il est également important de souligner que les fumeurs de cannabis ne sont pas à l’abri des conséquences pulmonaires néfastes de l’inhalation de cette substance lorsqu’elle est brûlée. La fumée, qu’elle provienne de la cigarette, du cannabis ou encore d’un feu de camp résulte de la combustion de matériaux (plantes, bois…) et libère des substances toxiques et susceptibles de provoquer un cancer. Plusieurs caractéristiques sont communes entre la fumée de cigarette et celle du cannabis.

On y retrouve des composants volatils, comme de l’ammoniac et de l’acide cyanhydrique, des phénols (fréquemment utilisés comme solvant) et du goudron. Or, le potentiel toxique de ces substances sur les tissus respiratoires est connu et prouvé. D’après une étude récente publiée par l’Institut de recherche médicale de Nouvelle-Zélande, fumer un joint à des conséquences néfastes sur les poumons équivalentes à cinq cigarettes.

1 JOINT = 5 CIGARETTES

Statistiques sur la consommation

Au Canada, le cannabis est la substance illégale la plus consommée et la troisième substance à propriétés psychoactives la plus populaire après l’alcool et le tabac. Selon l’enquête disponible la plus récente réalisée en 2015, plus de 40% des Canadiens âgés de plus de 15 ans ont rapporté avoir déjà consommé du cannabis dans leur vie et parmi ceux ayant déclaré avoir consommé cette substance au courant de la dernière année, plus de 50%  déclarent en avoir fait usage moins d’une fois par mois et 25% à chaque semaine ou à tous les jours.

Au Québec, la consommation de la marijuana pour cette même tranche de la population au cours des 12 derniers mois a été en constante hausse de 2008 à 2015 passants de 12% à 15%.

Fréquence de consommation chez les Québécois âgés de plus de 15 ans ayant fait un usage de cannabis au cours des 12 derniers mois, 2008 et 2014-2015
FRÉQUENCE DE CONSOMMATION  2008 (%) 2014-2015 (%)
Moins d’une fois par mois 38,4 52,0*
1 à 3 fois par mois 24,3 15,2*
1 fois par semaine 10,6 8,5
Plus d’une fois par semaine 12,4 13,5
Tous les jours 14,4 10,8*

* Différence significative depuis 2008 au seuil de 0,05.
Sources: Institut de la statistique du Québec, Enquête québécoise sur la santé de la population (EQSP), 2014-2015

D’après plusieurs études récentes, le cannabis, le tabac et l’alcool sont trois substances psychoactives souvent consommées de façon conjointe. Particulièrement le tabac et la marijuana. En effet, les fumeurs de cigarettes sont plus nombreux à consommer de la marijuana que les non-fumeurs, le premier faciliterait le passage vers le cannabis et vice-versa. Le cannabis est consommé le plus couramment de trois façons :

  • Ingérées (voie orale) : nourriture, huiles, infusions, pilules,
  • inhalées : joints, vaporisateurs, pipes, pipes à eau, houkas
  • Absorbées : sous la langue, par la peau, suppositoires

Effets néfastes

Jusqu’à maintenant, les études établissent un lien entre la respiration de fumée de cannabis et les symptômes de la bronchite chronique : irritation des poumons provoquant la toux et l’augmentation de sécrétions ainsi que la présence de liquide dans les poumons entraînant des difficultés à respirer. Par ailleurs, le THC, cette substance contenue dans le cannabis qui est responsable d’un état d’euphorie, de somnolence ou de malaise, a également été reconnu comme ayant le pouvoir de diminuer la défense immunitaire chez le fumeur de marijuana et le risque de pneumonie et de grippe. Autre risque augmenté : celui de développer plus précocement un cancer du poumon lorsqu’il y a à la fois inhalation de tabac et de cannabis chez un même fumeur que lorsqu’il y a tabagisme seulement.

À l’heure actuelle, davantage de recherche est nécessaire pour mieux comprendre tous les effets du cannabis à court, moyen et long terme ainsi que les effets liés à l’inhalation de la fumée secondaire de cannabis. En cas de doute, n’hésitez pas à consulter votre médecin.

Effets de la consommation de cannabis sur le système respiratoire

Effets immédiats Effets d’un usage à long terme
Cancer et mutations La fumée du cannabis contient beaucoup de substances chimiques semblables à la fumée du tabac. Le goudron de la fumée du cannabis est plus cytotoxique et mutagène que celui de la fumée du tabac.
Changements cellulaires et  inflammation Toux Changements dans la structure des cellules pulmonaires (prolifération anormale des cellules qui tapissent les voies respiratoires, épaississement et inflammation de la muqueuse;
Toux chronique;
Production accrue de mucus;
Respiration sifflante.
Bronches Dilatation des bronches Obstruction des bronches
Infections respiratoires Augmentation du risque de développer des infections

Cannabis médicinal

Bien que la majeure partie des effets liés à la consommation de cannabis soient négatifs, il n’en demeure pas moins que cette substance peut produire des effets aidant dans des cas bien précis. Évidemment, sous la forme d’inhalation, le cannabis comporte plus d’effets néfastes que bénéfiques. C’est la raison pour laquelle certaines compagnies pharmaceutiques ont développé des médicaments à base de la substance active THC qui peuvent être administrés par l’entremise d’un vaporisateur sublinguale, comme c’est le cas pour le Sativex ou encore sous forme de comprimés comme pour le Césamet et le Marinol.

Ces médicaments ont prouvé, à travers plusieurs études, leur efficacité dans les cas suivants :

  • Gestion de la douleur chronique résistante aux antidouleurs conventionnels (ex. opiacés)
  • Diminution des vomissements et des nausées causés généralement par une chimiothérapie
  • Contrôle des spasmes dans le cas de forme sévère de la sclérose en plaques
  • Stimule l’appétit, ce qui peut être bénéfique chez des personnes dénutries secondaire à divers traitements

Par ailleurs, une étude allemande tend à prouver une certaine efficacité à diminuer les tics dans le Syndrome de Gilles de la Latourette (Département de psychothérapie et de psychiatrie clinique de la faculté de médecine de l’université de Hanovre en Allemagne) alors qu’au département de neurologie de la faculté de médecine de l’Université de New York, des chercheurs étudient l’efficacité du THC à titre de traitement partiel à l’épilepsie. Une chose est sûre, les études portant sur la consommation de cannabis et son utilisation comme médicament dans certains cas n’en sont qu’à leur début.

Dépendance

La consommation régulière de cannabis peut mener vers une dépendance et un abus de celui-ci.

Le risque de développer une dépendance chez les usagers de cannabis est estimé à 9 % et peut monter à 16 % chez les personnes qui ont commencé à consommer dès l’adolescence. Pour ces personnes, une diminution ou un arrêt de la consommation de cannabis peuvent induire des symptômes de sevrages, tels :

  • Irritabilité, colère, agressivité, anxiété
  • Insomnie, difficulté à dormir, cauchemars, rêves étranges
  • Humeur dépressive, inquiétudes
  • Maux de tête
  • Perte d’appétit ou de poids
  • Maux d’estomac
  • Tremblements
  • Transpiration

La dernière version du « manuel diagnostique des troubles mentaux- DSM 5 », livre de référence en psychiatrie, a décidé en 2013 d’inclure certaines problématiques très spécifiques liées à la consommation de la marijuana, notamment les troubles liés à la dépendance, à l’intoxication et au sevrage de celle-ci. De plus, une consommation régulière et excessive peut engendrer des difficultés sur les plans sociaux et professionnels. Des liens de cause à effet entre le cannabis et le déclenchement de certains désordres psychiatriques, la psychose et l’anxiété commencent aussi à être mis en lumière.

Surdose

Il est possible de souffrir d’une surdose de cannabis. Ceci peut arriver lorsque plusieurs produits de cannabis sont consommés en même temps (ex : inhalé et ingéré, etc.) ou lorsqu’ils sont utilisés en même temps que d’autres médicaments psychoactifs.

Les symptômes d’une surdose peuvent inclure :

  • Somnolence
  • Confusion
  • Désorientation
  • Perte de coordination
  • Évanouissement
  • Étourdissements
  • Douleur à la poitrine
  • Rythme cardiaque rapide, lent ou plus fort
  • Crise de panique
  • Perte de contact avec la réalité
  • Crise d’épilepsie

Si vous êtes victime ou témoin d’une personne présentant un ou des symptômes de surdose, contactez immédiatement les services médicaux d’urgence.

Interactions médicamenteuses

Le cannabis peut interagir avec certains médicaments. Plusieurs produits pharmacologiques retrouvés en vente libre tels que la diphenhydramine (Benadryl), la cetirizine (Reactine), la doxylamine (NyQuil) et le dextrométhorphane (NyQuil) peuvent interagir avec le cannabis et créer de la somnolence et des étourdissements. Il en va de même pour les médicaments d’ordonnance. Il est donc important de mentionner à votre médecin et professionnel de la santé si vous en consommez.

En conclusion

À ce jour, la possession et la vente de cannabis à des fins non médicinales demeurent illégales partout au Canada et les règles entourant la réglementation demeurent toujours très nébuleuses. Toutefois, qu’il soit consommé dans un cadre légal ou illégal, les répercussions sur la santé sont les mêmes. Par contre, tout laisse croire au potentiel toxique de celle-ci. D’ici là, espérons qu’une grande partie des revenus de l’État liés à la vente du cannabis seront réinvestis dans la prévention et la recherche, car beaucoup reste à faire…